Conflits de loyauté, phénomènes d’emprise ou syndrome d’aliénation parentale après une séparation
Couple en séparation - Conflits de loyauté, phénomènes d'emprise ou syndrome d'aliénation parentale après une séparation

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Conflits de loyauté, phénomènes d’emprise ou syndrome d’aliénation parentale après une séparation

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“Bonjour, j’ai vu sur votre site que Jean G. était un de vos associés. C’est mon père, j’aimerais reprendre contact avec lui, pouvez-vous lui transmettre mes coordonnées ?”.

Lorsque j’ai reçu ce mail, un matin de novembre 2009, j’ai ressenti une profonde émotion. J’ai aussitôt transféré le mail à Jean, mon associé, en prenant soin de l’en avertir par sms. Nous n’étions pas très nombreux à savoir qu’il ne voyait plus ses enfants depuis plus d’une quinzaine d’années. Peut-être parce que j’avais l’âge d’être son fils, sans doute parce que nous échangions souvent ensemble, il m’avait confié quelques années plus tôt que la rupture était intervenue peu de temps après son divorce. Son ex-femme se plaignait de lui, de sa décision de l’avoir quittée et laissée seule avec ses enfants. Ces derniers s’étaient peu à peu éloignés de lui, jusqu’à ne plus le voir. Le temps avait passé, la douleur s’était estompée, il vivait avec, sans grand espoir de jamais les revoir.

Je ne connaissais pas tout de son histoire, j’avais confiance en lui, je le croyais, mais je ne me suis jamais vraiment séparé d’une interrogation autour de ce qui avait pu conduire ses enfants à ne plus vouloir avoir de contact avec leur père.

Mes précédentes fonctions de directeur d’établissement intervenant dans le champ de la protection de l’enfance m’avaient conduit à intervenir sur des cas de maltraitance et d’enfance en danger. Les plus graves d’entre-eux avaient conduit à des placements judiciaires.

Dans de telles situations, malgré la gravité des faits, les enfants continuent à aimer leurs parents. Un juge ou un psychologue doit faire preuve de pédagogie et disposer de grandes qualités d’écoute pour expliquer aux enfants que leurs parents (ou un seul) ont commis des actes graves et que c’est pour cette raison qu’ils vont vivre pendant quelques temps (ou toujours) dans une autre famille ou dans un foyer. Ces explications sont nécessaires pour que l’enfant comprenne le sens de la mesure et ne considère pas comme acceptable d’avoir de tels comportements quand on est parent. Les comportements déviants au sein d’une famille sont hautement reproductibles.

J’essayais de déceler, dans l’attitude ou le comportement de mon ami, ce qui aurait pu laisser entrevoir un début d’explication. Une rupture familiale de cette nature avait nécessairement une prise, même petite, ou elle était liée à l’incompréhension. Avait-il été trop sévère, trop exigeant, trop égoïste, pas assez tendre, présent, ou protecteur ? Rien ne me permis d’éclairer mes interrogations.

C’est donc à dessein que j’avais affiché mes associés sur le site de mon bureau d’études, créé trois ans plus tôt en 2006. J’espérais que cette bouteille laissée la mer serait trouvée par ses enfants. Je ne concevais pas qu’aucun des deux ne cherche un jour à renouer, ce fut un pari gagnant.

Jean n’était pas très disert sur sa vie privée, je dû donc l’interroger quelques semaines plus tard pour avoir des informations. Il avait eu sa fille au téléphone, ils s’étaient revus, elle lui avait appris qu’il était grand-père. Ils se sont revus à quelques reprises, mais le lien n’a pas résisté à l’éloignement installé depuis des années, et son fils n’a jamais repris contact avec lui.

Atteint de la maladie de Parkinson depuis une vingtaine d’années, lourdement handicapé dès 2016, Jean est décédé en 2019 des suites d’une chute qui occasionna un traumatisme crânien suivi qu’une hémorragie interne. C’est son aide ménagère qui l’a retrouvé sur le sol de son appartement marseillais. Ses enfants ne vinrent pas à l’enterrement. Son frère, avec lequel je m’étais entretenu, m’a apporté quelques éclairages qui confirmèrent les dires de Jean. Aucun membre de sa famille n’a plus jamais revu les enfants, la mise à l’écart avait touché tout le monde.

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Une amie orthophoniste qui avait vécu quelques années au Québec et à qui j’avais évoqué la situation m’a parlé du Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP), dont j’ignorai totalement l’existence.

Elle avait été confrontée au cours de sa pratique à des situations de divorces conflictuels. Un conflit de loyauté s’installait, parfois même un phénomène d’emprise, les cas plus graves pouvaient conduire à ce que les enfants prennent fait et cause pour un de leurs parents et rejettent l’autre. Il n’y avait pas forcément de manipulation, parfois de simples incompréhensions ou des maladresses répétées suffisaient à ce que cette rupture se mette en place.

Ça collait bien à la situation vécue par mon associé, et faisait écho à une autre dont un ancien camarade de formation avait été victime. Après son divorce son ex-femme s’était opposée à ce qu’il voit son fils, allant jusqu’à être violente avec lui. Il a saisi la justice, elle l’a accusé de maltraitance, des allégations reprises par sa belle-mère. Il a heureusement obtenu gain de cause. En agissant rapidement il a sans doute évité qu’une situation telle que celle vécue par mon associé ne se produise. Les ingrédients d’un tel syndrome étaient déjà là.

Le syndrome d’aliénation parentale

Après le décès de Jean je me suis penché sur la question de l’aliénation parentale. S’il n’avait que peu fait l’objet d’études poussées, de nombreux documents ou témoignages précis l’évoquaient. Le travail le plus solide auquel j’ai eu accès est une thèse soutenue par le docteur Bénédicte Goudard, docteur en psychologie, en 2008. Il est intéressant à ce titre de lire l’article “Le syndrôme d’aliénation parentale, une forme moderne de l’inceste“, écrit par elle, et publié dans « Le Journal des psychologues », 2012/1 n° 294 | pages 20 à 24.

Selon l’autrice “Le SAP représente un continuum de stades qui correspondent au degré de réussite de la manipulation sur l’enfant (un parent peut très bien dénigrer l’autre sans pour autant parvenir à aliéner les enfants). Hormis les stades légers, le SAP est spontanément irréversible, le temps joue contre les enfants et les familles où se déroulent ces violences à huis clos.” Voici qui illustrait les situations vécues par Jean et mon camarade de formation.

A l’endroit du parent aliénant, B. Goudard indique qu’il “est particulièrement incapable d’intégrer la souffrance et le remodelage nécessaire des relations après la séparation ou le divorce. Il veut consciemment, ou non, effacer « la souillure » de l’union précédente et–ou se venger de cette séparation. Il va donc utiliser cette séparation pour se poser en victime et–ou en meilleur parent, selon les circonstances, tout en mobilisant les enfants à ses côtés pour éviter l’effondrement narcissique. Le parent favori s’enferme dans un comportement infantile de manipulation et de séduction, y compris avec les intervenants extérieurs : juges, avocats, médecins, psychologues, assistantes sociales. Tout le monde peut se faire prendre à leur jeu et, plus le temps passe, plus les apparences sont en défaveur du parent aliéné.

 

Pour l’enfant instrumentalisé la situation est particulièrement difficile à vivre. Il aime le parent dénigré par l’autre, il cherche le contact, mais il n’est pas autorisé à aller vers lui, ou à vivre sereinement la relation avec lui. L’autre parent n’apprécie pas que son enfant ait de bonnes relations avec celui ou celle qu’il juge comme fautif de la destruction de la famille, ou moins capable que lui de s’occuper de ses enfants. L’enfant se trouve donc pris dans un conflit de loyauté qui le conduit à vivre sous l’emprise de son parent aliénant. Il devient “totalement amputé d’une partie de son arbre généalogique, quasiment du jour au lendemain et dans certaines formes graves. Il intègre les relations intimes sur le modèle de la dialectique : dominer ou être dominé. Le parent aliéné devient l’esclave, et il n’y a plus de limite à la jouissance et à l’angoisse de toute–puissance de l’enfant si personne ne vient s’intercaler dans ce jeu pervers. Le SAP est un phénomène d’emprise comme l’appartenance à une secte, le harcèlement moral, l’esclavagisme, l’inceste.

Des mots forts, mais force est de constater au travers des quelques cas étudiés que mes observations confortent ce point de vue.

Le parent ciblé, ou aliéné

C’est un phénomène contrintuitif, ce que tu vois n’est pas nécessairement ce qui est. Le parent aliéné, ou le parent qui est ciblé, est vraiment vu comme colérique, hystérique, pas bien dans sa peau. Moi je comprends que l’enfant ne veuille pas le voir. L’autre parent est assez calme, l’enfant le préfère. Au premier regard, qui a le goût de travailler avec un parent qui serait dans un tel état ? Mais dès que tu es informé, adéquatement, ça se voit assez bien. Donc pour un oeil non averti c’est extrèmement dangereux d’émettre un diagnostic et de penser que “je sais” ce qu’au fond je ne sais peut-être pas.”((Extrait du podcast “Corsé” Impact de l’aliénation parentale – l’histoire d’Émy))

À propos du parent aliéné, B. Goudard précise qu'”Il est complètement englouti par le déferlement des évènements. Du jour au lendemain, l’enfant autrefois chéri se comporte comme un monstre, sans aucune raison. Il l’accuse de tous les maux. Pis, quoi qu’il fasse, tout sera retourné contre lui. Il perd  confiance en lui, l’entourage commence à le trouver suspect : « N’a-t-il vraiment rien à se reprocher pour que ses enfants si gentils avec nous se comportent si mal avec lui ou elle ? » Il débute une dépression, travaille moins bien, se retrouve très seul à ressasser ses problèmes, perd peu à peu ses amis toujours prêts à lui prodiguer des conseils absolument inadaptés : « Tu verras, ça passera avec le temps… ».

Parfois ça ne passe pas, ça ne revient pas, et pères et mères souffrent toute leur vie de telles situations. La douleur associée est considérée comme plus forte encore que celle liée au décès d’un enfant, car dans le cadre d’une aliénation parentale le deuil, pourtant nécessaire, est difficile voire impossible à atteindre. On ne peut pas désaimer son enfant, même s’il nous rejette, surtout quand on sait d’où vient ce rejet. L’espoir reste, et il s’échoue éternellement sur un anniversaire non fêté, un repas de famille, une photo retrouvée, un besoin viscéral de nouvelle à jamais innassouvi. Le parent aliéné en est réduit à chercher de vaines informations sur les réseaux sociaux, s’il n’est pas bloqué par son enfant, sur internet, et à avoir la respiration coupée quand il croit apercevoir son enfant dans la rue. Une torture qu’on ne souhaite à personne.

Ces quelques abstracts ne sauraient remplacer la lecture de l’article complet ainsi que l’examen attentif des autres sources existantes, dont plusieurs sont citées en fin d’article.

Comment détecter des situations d’aliénation parentale ?

Il n’est pas anormal qu’un enfant traine les pieds ou soit désagréable après un divorce. Il a besoin d’être rassuré, en confiance, il reste attaché au couple parental. Toutefois lorsque des dégradations importantes se font jour et que rien ne vient expliquer les frictions qui apparaissent il y a tout lieu de s’interroger sur les éléments sous-jacents.

Le spectre des symptômes associés aux phénomènes d’emprise, de conflits de loyauté ou d’aliénation parentale est large et varié, mais on remarque des constantes. Les enfants concernés mentalisent beaucoup, ils arrivent rapidement à un discours dénué de toute émotion à l’égard du parent écarté. Ils se coupent d’une partie de leur histoire. Les reproches sont souvent déroutant, car futiles et exprimés avec une grande conviction : “Il m’a forcé à finir mon assiette. Il m’a donné des lignes à faire.“. Le parent qui fait l’objet de ce dénigrement n’est ainsi pas seulement absent, il est totalement disqualifié. Ce qu’il aurait pu apporter à ses enfants devient inaccessible, toujours remis en question, jugé, suspect. Les projections de l’autre parent sur lui deviennent vérité pour ses enfants, et si la relation n’est pas totalement rompue, elle devient difficile, de nombreuses frictions apparaissent et alimentent le rejet, qui peut prendre un caractère définitif si on n’agit pas à temps.

Cette aliénation fait le lit de troubles psychologiques graves qui peuvent plus tard rendre la vie d’adulte difficile, notamment sur le registre des relations sociales ou amoureuses.

Le parent aliénant, bien incapable de la moindre remise en question, convaincu d’agir dans l’intérêt de l’enfant, peut ainsi exprimer des regrets sincères quant au fait que ses enfants n’aient plus de contact avec l’autre parent tout en légitimant leur attitude auprès des tiers, au motif que son ex-conjoint n’aurait pas été un bon père ou une bonne mère pour ses enfants. On constate d’ailleurs presque paradoxalement que le parent aliéné est souvent celui dont l’amour pour ses enfants est le plus inconditionnel. L’enfant sent, en se coupant de lui, qu’il lui restera malgré tout fidèle. Il cherche à préserver le lien avec le parent dont il sent que l’amour dépend de son attitude.

Un autre constante observée dans de telles situations est que ces troubles interviennent quasi systématiquement quelques temps après la séparation, sans qu’aucun signe préalable n’ait été décelé en amont. Ni les enseignants, ni le médecin de famille, ni les responsables des clubs sportifs ou culturels fréquentés par les enfants n’ont observé de difficultés.

Dans ce même registre, on observe que c’est l’ensemble de la famille du parent aliéné qui est rejetée par les enfants concernés par le SAP. La rupture est donc totale. Quand elle concerne toute la fratrie un certain équilibre s’installe, quand un seul enfant est concerné, c’est encore plus difficile pour lui. Le temps peut aider, mais pas toujours. Pour les grands-parents ainsi que les oncles et tantes du côté du parent aliéné il n’y a guère de recours possible, les années passent sans retour à la normale.

Bien évidemment les degrés d’aliénation ne sont pas tous identiques, une grande variabilité fait de chaque cas une situation unique, et selon la qualité du lien déjà en place il sera possible de retrouver des bases de relation.

Une autre caractéristique bien particulière permet de mesurer le degré d’installation de l’aliénation. Un enfant instrumentalisé par un de ses parents est incapable de se reconnecter à des moments agréables de son passé avec son parent aliéné. On constate une absence de réaction significative lorsque des photos ou des vidéos de moments familiaux lui sont présentés, comme si le moment en question n’avait jamais existé. Ce constat se prolonge avec les années, l’entrée dans l’âge adulte n’y change rien.

L’enfant victime d’une aliénation grandit, les troubles se sont installés, si le lien est maintenu la relation est très difficile, le moindre point de friction conduit au conflit. L’adolescent semble n’avoir aucune conscience du mal qu’il fait à son parent aliéné, qui se débat avec désespoir pour ne pas perdre son enfant. Le parent aliénant continue sur le même registre, toutes les difficultés de relation lui sont rapportées par l’enfant, la dégradation devient gravée dans le marbre.

L’intervention qui suit, publiée sur le compte YouTube de l’ACALPA, est particulièrement éclairante sur la mécanique délétère des conflits de loyauté dans les situations de divorce difficile.

Gérard Ostermann, professeur de thérapeutique option médecine interne, spécialiste en cardiologie et angiologie, diplômé de thérapie cognitivo-comportementale et de pharmacologie, psychothérapeute-analyste, spécialiste des conduites addictives, de l’anorexie et de la prise en charge de la douleur et des traumatismes, est incontestablement un des acteurs importants du monde de la thérapie en France. L’essentiel de son activité clinique est la psychothérapie auprès de douloureux chroniques, de sujets addicts et de personnes victimes de traumatismes. Il est intervenu sur l’aliénation parentale au congrès du PASG2021 « Protecting Family Ties after Separation » à Bruxelles le 9 septembre 2021 :

Des témoignages éclairants

S’il semble bien que ce soient les pères qui sont le plus souvent écartés de leurs enfants que les mères, ces dernières ne sont pas en reste. Il n’existe pas beaucoup de témoignages sur ces situations, le sujet est tabou. Toutefois celui qu’on peut retrouver sur deux podcasts de la chaine “Corsé” (disponible sur la plateforme française Ausha), créé par la québécoise Cynthia Gérard, médiatrice et psychoéducatrice, est dédié aux effets de l’aliénation parentale. Cet épisode donne la parole à Caroline, fondatrice et présidente du Carrefour de l’Aliénation Parentale (CAP), à Joanna, responsable de l’accompagnement des familles au CAP, et à Emy, 20 ans, qui a vécu l’aliénation parentale. Attention, l’accent québécois peut vous dérouter, mais on s’y fait, et l’échange est des plus intéressants.

Dans le podcast qui suit, elle recueille le témoignage de Maeve et Karine, fille et mère ayant vécu une situation d’aliénation parentale, pour parler cette fois du conflit de loyauté. Cette fois encore les témoignages sont forts et éclairants.

Autre témoignage et conseils utiles et avisés, ceux de Marie Peyron, qui a connu en tant qu’enfant cette situation et a réussi à transformer cette douloureuse expérience en force pour son activité de conférencière et de coach.

Les cas avérés de maltraitance

Les détracteurs du SAP prétendent qu’il n’existerait pas et avancent qu’il s’agirait simplement d’une allégation brandit par le parent accusé de maltraitance pour se défendre de l’être. Sans que ce terme d’aliénation parentale ait été employée j’ai, dans le cadre de mes anciennes fonctions, en 1999, été confronté à une situation où un père accusé de gestes incestueux sur ces enfants a accusé en retour leur mère de les avoir manipulés pour qu’ils disent ce qui selon lui n’était qu’un mensonge. Malheureusement pour les enfants, car il eut été préférable en effet que le père dise vrai, l’inceste a été largement qualifié, ce qui l’a conduit à une déchéance des droits parentaux et à une lourde peine de prison.

En effet, le SAP ne s’applique pas aux cas de maltraitance avérés. En de telles situations le rejet de parent maltraitant s’explique, il est salutaire, même si, comme indiqué en préambule, il est rare que des enfants victimes d’inceste ou de violences décident d’eux-mêmes de rejeter leur parent. Lorsque le SAP est avancé comme élément de défense d’une accusation de maltraitance cela ne change donc rien à l’investigation en cours, ainsi qu’à la présomption d’innocence. Le fait que des parents s’appuient sur le SAP pour tenter de détourner une accusation formulée à leur encontre ne remet pas en question son existence. Ce serait un drôle de raisonnement que de penser le contraire, et oui, il existe des fausses accusations d’inceste et de maltraitance.

Dans son livre “Dans les yeux du procureur” Jeanne Quilfen (un pseudonyme), magistrate et au fil de sa carrière juge ou procureure, ne ménage pas ses efforts pour éclairer la complexité de la justice au travers d’histoires vraies qui tranchent avec la froideur d’un des piliers de notre démocratie. Elle aborde quelques situations de conflits familiaux dont la lecture attentive peut être utile à la bonne compréhension du SAP.

Les relations humaines sont complexes, et quelles que soient les certitudes affichées par les militants, toute obédience confondue, le monde ne se résume pas à des approches manichéennes, aussi confortables puissent-elles être. Certains juges sont militants, certains sociologues utilisent des méthodes douteuses, d’autres des procédés malhonnêtes.

Le tabou de l’aliénation parentale

Le SAP est un sujet tabou en France. Cela n’a rien de surprenant. De nombreux sujets sensibles sont depuis plusieurs années accaparés par des courants idéologiques très actifs qui ne font que peu de cas des faits et de la science. De nombreux militants, sans formation, ni qualification, ni même une expérience sérieuse liée aux sujets traités, les accaparent pour mener des combats dénués de tout discernement. Parfois des sociologues aux méthodes plus que sujettes à caution appuient leurs dires((Sociologue moi-même et enseignant en techniques d’enquête, j’aurais l’occasion d’y revenir)), une tendance inquiétante au manichéisme s’installe. Le traitement de plusieurs sujets glisse peu à peu vers la victimisation, ce qui conduit d’ailleurs à des situations conflictuelles dans notre société, et à l’agacement bien naturel des experts.

Dans le domaine des sciences sociales, Stephen Karpman, médecin psychiatre, maitre de l’analyse transactionnelle, a schématisé ce mécanisme, qu’il nomme Triangle Dramatique. Alors que les relations entre individus sont complexes, qu’elles mettent en jeu de nombreux paramètres, on constate l’émergence d’approches caricaturales, où n’agiraient plus que des victimes, des persécuteurs, et des sauveurs. On observe ce phénomène par exemple en politique, où un nombre croissant d’acteurs désignent un responsable de tous les maux (l’État-bourreau ou persécuteur) dont le peuple (ou les plus faibles, ou les femmes, ou les étrangers, ou les pauvres…) serait victime, ce faisant, ils se placent de facto en sauveur.

Cette approche simpliste ne trompe ni les professionnels ni les personnes sensées, mais il prend de plus en plus de place et détourne le regard des véritables enjeux, dont en premier lieu celui de l’intérêt des enfants. Joanna Murphy, responsable des communications et de l’accompagnement des familles au sein du CAP, parle dans le podcast ci-dessous de ce en quoi le tabou qui entoure ces phénomènes empêche encore la prévention.

Rejeter l’existence du SAP revient à oublier que les enfants grandissent sous l’influence de leurs parents, et qu’en cas de divorce conflictuel, ou tout simplement difficile, les enfants, qui déjà savent tirer un bénéfice du parent qui autorise ou offre plus, vont inévitablement prendre parti. C’est humain, et il n’est pas besoin qu’un parent soit manipulateur pour que ces travers émergent. Des maladresses répétées liées à des incompréhensions mutuelles peuvent largement contribuer à l’installation de ces troubles de la relation.

La cohérence parentale, essentielle en termes d’éducation, et déjà pas si simple que cela à maintenir lorsque les deux parents s’entendent bien, peut devenir impossible à atteindre après un divorce.

Je ne saurai que trop conseiller ici l’écoute de l’excellent podcast de Caroline Goldman, docteur en psychologie de l’enfant, sur la séparation. De très bons conseils y sont donnés :


De la même façon, parce que les pères et les mères n’ont pas tout à fait le même rôle dans l’éducation, et parce que je constate des dérives inquiétantes autour de l’éducation dite progressiste, qui tend à dégrader le rapport pourtant essentiel à l’autorité, aux repères, je vous invite à écouter cet autre podcast. Intitulé “L’importance des pères” je trouve qu’il pourrait utilement changer de nom et s’appeler “Cohérence et complémentarité dans le couple parental“, tant il fait la part belle à une juste complicité des deux parents dans l’éducation des enfants.

La prévalence de l’aliénation des pères par rapport aux mères

J’ai constaté une prévalence de situations où les pères étaient écartés de leurs enfants après un divorce.

Une hypothèse me semble être de nature à expliquer cette forte représentation de pères aliénés par rapport aux mères, qu’il conviendrait bien évidemment de chiffrer, serait que les pères ont un rôle émancipateur des enfants. Ce sont eux qui, naturellement, les conduisent à découvrir le monde, à oser prendre quelques risques. Pour que cette étape se mette en place, il est nécessaire que la mère l’autorise. L’autorité du père ne tient vraiment que si elle est validée par la mère, et en retour celle de la mère prend tout son sens par sa validation par le père. De cette cohérence nait la sécurité de l’enfant, si indispensable à sa construction.

Un autre aspect qui participe à l’existence de la prévalence des pères dans les situations d’aliénation parentale est que nous sommes dans une société qui éduque encore différemment les garçons et les filles. Pour faire simple, on encourage les petits garçons à ne pas se plaindre, et donc à moins écouter ce qu’ils ressentent, et ces derniers grandissent dans un monde où “Les femmes et les enfants d’abord” est un truisme. Rien d’anormal à cela, dans un monde qui n’a pas toujours été en paix et où certains métiers sont difficiles il est bon que tout le monde n’ait pas peur d’aller au combat. Mais voilà, notre société évolue, les pères d’aujourd’hui réclament leur place auprès de leurs enfants. Aussi, tiraillés entre l’amour de leur progéniture et les principes chevaleresques il est fréquent que ces derniers se sacrifient un peu trop en cas de séparation. Pas tous, bien sûr, mais il est question ici de ces situations où des pères souffrent de ne plus voir leurs enfants.

La lecture de “Sapiens, une brève histoire de l’humanité“, de Yuval Noah Harari, aide à mieux comprendre l’évolution de notre humanité, la place des hommes et des femmes, sous un angle qui sort des sentiers battus.

De façon plus générale encore ce sont bien lorsque les deux parents sont en phase et se soutiennent devant l’enfant que l’enfant grandit dans les meilleures conditions. Lorsque les parents se discréditent mutuellement, ou agissent en contradiction de l’autre, en coulisse, les effets peuvent être dévastateurs, l’un des deux parents peut être totalement discrédité, sans même le savoir.

Ces éléments, issus d’observations et de nombreuses lectures, constituent des pistes à creuser dans l’examen de situations où la présomption de la présence d’un SAP serait forte.

L’ARIPA, un dispositif à parfaire, qui peut dans certains cas finir de détruire la place d’un parent

Depuis le 1er janvier 2021, le service public des pensions alimentaires est ouvert à tous les parents séparés qui le souhaitent. Depuis le 1er janvier 2023 il est en principe systématiquement mis en place pour toutes les pensions alimentaires. Ce service est géré par l’agence de recouvrement et d’intermédiation des pensions alimentaires (ARIPA). La pension alimentaire est payée chaque mois par le parent qui doit la pension (le parent « débiteur ») à l’ARIPA, qui se charge de la reverser immédiatement au parent qui reçoit la pension (le parent « créancier »). En cas d’impayé, l’agence engage immédiatement une procédure de recouvrement de l’impayé auprès du parent débiteur et verse au parent créancier éligible l’allocation de soutien familial (ASF). (texte repris depuis le site du ministère).

Une bien belle idée qui permet de sortir de l’impasse des parents qui élèvent seuls leurs enfants, quand l’autre parent n’assume pas sa responsabilité.

Malheureusement l’enfer est pavé de bonnes intentions. Dans les cas d’aliénation parentale, un parent aliéné, en grande souffrance, qui a tout perdu, y compris son emploi, peut être totalement effacé de la vie de ses enfants par une justice qui, parfois aveugle, refuse d’aller au delà des apparences. Puisque sa seule demande suffit à la mise en place de l’intermédiation financière, et que personne ne peut s’y opposer, le parent aliénant se trouve conforté dans son attitude. S’il restait un petit lien, même ténu, avec les enfants, ce dernier peut être totalement détruit, avec les conséquences dramatiques que chacun peut imaginer. Un enfant déjà fragilisé par une situation d’aliénation peut ainsi voir certains de ses troubles totalement figés. Pour le parent écarté de ses enfants, déjà en difficulté, c’est une véritable mise à mort qui est prononcée, un effacement administratif. Il lui faudra de l’aide pour ne pas sombrer totalement.

Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice. Montesquieu

Des institutions peu formées au SAP

Les institutions en charge de la protection de l’enfance ou agissant auprès des familles sont parfois désemparées face aux phénomènes d’emprise, de conflit de loyauté voire d’aliénation parentale. Les parents séparés arrivent en séance avec pour chacun une montagne de non-dits et de ressentiments, nourris pendant des années d’innombrables frictions. Chacun est convaincu du bien-fondé de son histoire, d’autant plus qu’il a eu tout le loisir d’en parler autour de lui, en présentant la situation avec d’inévitables biais, ses amis et sa famille confortant le plus souvent la version présentée. Le travail des professionnels est de ce fait difficile.

Dans un des cas étudiés en 2020, une mère a ainsi affirmé en médiation, après des années conflictuelles, pour se justifier de son opposition à la mise en place de la garde alternée, que le père de ses trois enfants n’était, selon elle, “pas prêt à être père et qu’il fallait qu’elle les protège de lui“. Pourquoi, en cas, avoir eu trois enfants avec lui, attendu que leur fils ainé ait douze ans pour s’en rendre compte, et pourquoi s’être tue pendant toutes ces années où le père cherchait des explications à la dégradation de sa relation avec ses enfants ? De multiples faits précis ont été présentés par le père, en grave difficulté en raison des troubles familiaux et des ruptures répétées de relation avec ses enfants, mais aucun de ces éléments n’a conduit la professionnelle à réagir. Ce manquement, ajouté par la suite à un refus du JAF d’aborder la requête formulée par le père de parler de la coparentalité, est à la base même des graves difficultés familiales, qui pèsent sur sa vie. Une situation qui a conduit à la rupture totale de relation entre la fille et son père. C’est pour le moins scandaleux.

Ces situations ne sont malheureusement pas rare, et il serait bien que les institutions en charge de la protection de l’enfance et de la famille, des juges aux affaires familiales aux Caisses d’Allocation Familiale (chargée de l’ARIPA) en passant par des associations comme l’UDAF, soient formées. Quelques cas graves de déni de la parole des parents aliénés ont conduit à des drames qui auraient pu être évités. Il est anormal que, dans certains cas, la protection de l’enfance passe au second plan, l’attention semblant être apportée à d’autres intérêts.

Si vous vivez un jour une telle situation nous ne saurions que trop vous conseiller de vous faire aider par un psychologue qui pourra vous éclairer sur la marche à suivre. Il est des cas où l’institution et la justice dysfonctionnent et ne peuvent de ce fait n’être d’aucune aide. De plus si vous agissez trop tard vous risquez de vous perdre en procédures coûteuses tant la démonstration de l’aliénation sera difficile à conduire. Faites vous confiance, n’abandonnez pas, agissez avec discernement. Des associations comme l’Acalpa peuvent aussi vous aider.

Quelques conseils utiles

Vous pensez être concerné directement ou indirectement par une situation de conflit de loyauté, un phénomènes d’emprise ou d’aliénation parentale après une séparation ? Voici quelques conseils qui seront utiles.

  1. Vous venez de vous séparer, vous restez parents, tous les deux. Les décisions importantes se prennent à deux, depuis l’heure du coucher après le diner jusqu’à l’usage des écrans. Cette cohérence éducative est fondamentale.
  2. Votre ex-conjoint appelle les enfants tous les soirs, vos enfants se font messagers de votre ex-conjoint qui ne veut pas que le petit dernier regarde tel film ou vide de lave-vaisselle chez vous ? Les premiers signes de l’emprise sont déjà là, soyez clair et ferme avec votre ex-conjoint.
  3. Votre enfant traine les pieds pour venir chez vous, trouve que “ça sent mauvais” dans votre appartement, il boude sur le trajet et vous fait des reproches dont vous voyez bien qu’ils sont liés à ce que pense votre ex-conjoint de vous ? Soyez contenant, pas confrontant. Votre enfant vient avec des pensées qui ne sont pas les siennes, n’alimentez pas ce qui pourrait laisser penser que vous ne seriez pas bon pour lui, même si c’est difficile. Laissez-lui le temps de nettoyer le poison qu’il a amené avec lui. Après quelques heures, ou une nuit, ce sera déjà bien mieux, et petit à petit les médisances de l’autre parent n’auront plus prise.
  4. Ne critiquez pas l’autre parent, quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise, n’entrez pas dans ce jeu, les enfants n’ont pas à subir les désaccords parentaux. Voyez les choses avec lui, et si les questions abordées vous semblent essentielles (usage des écrans, travail scolaire, sorties le soir dès le plus jeune âge…) et qu’elles ne sont pas entendues ne tardez pas à agir. Des parents qui se séparent ne devraient pas avoir à vivre de tels écarts dans l’éducation et les valeurs, mais les compromis que font certains parents quand ils vivent ensemble tombent quand c’est terminé.
  5. Dès que vous détectez des difficultés dans la relation avec un ou tous vos enfants prenez attache auprès d’un psychologue qui vous aidera à mieux cerner les enjeux. Si ce dernier vous conseille d’engager une médiation, faites-le.
  6. N’attendez pas tout de la médiation, gardez les yeux ouverts et préservez votre libre arbitre, certains organismes ou travailleurs sociaux se révèlent incapables de démêler le vrai du faux.
  7. Prenez attache auprès d’un avocat si vos tentatives d’explications avec votre ex-conjoint ne portent pas, n’attendez pas. Il ou elle ne comprendra pas demain ce qu’il ou elle ne comprend déjà pas aujourd’hui, vos enfants sont désormais votre unique priorité et seule la justice pourra rappeler à votre ex-conjoint les limites à ne pas franchir. Attendre et encaisser en espérant un changement, sans regarder la réalité en face c’est prendre le risque d’être confronté à une situation inextricable, et de tout perdre.
  8. Notez chaque jour sur un cahier ce que vous vivez, conservez les mails échangés avec l’autre parent, cela vous permettra d’appuyer votre dossier si vous êtes contraints à saisir la justice. Cela vous sera aussi utile quand vous aurez l’impression de perdre pied. Et vos enfants apprécieront de lire un jour ce que vivait leur père ou leur mère quand le si précieux week-end de garde prend fin, un pan de l’histoire qu’ils ignorent.
  9. Conservez les photos des moments partagés avec vos enfants ainsi que leurs courriers, ces éléments aideront chacun à y voir plus clair le moment venu.
  10. N’oubliez jamais, quoi qu’il arrive, que vous devez vous préserver. Faites vous confiance.

En agissant à temps vous éviterez le pire. Si la relation est rompue ne forcez pas les retrouvailles ou les contacts, même lorsque vos enfants sont adultes et que vous pensez qu’ils sont à l’âge de comprendre. Malheureusement ils se sont construits dans un rapport particulier au récit familial, vous aurez du mal à le changer. Soyez-là pour eux s’ils en expriment le besoin, préservez-vous, faites vous confiance, vivez. Il est possible qu’ils comprennent tout un jour, mais il est fort probable que cela ne sera pas grâce à vous. Sur un autre des cas étudié c’est quelques années après le décès de son père, qu’il n’avait pas vu depuis près de soixante ans, qu’un homme a appris que c’est sa mère qui avait empêché tout contact. Elle le cachait lorsqu’il venait pour les vacances.

Si vous avez aimé la série En Thérapie, diffusée sur Arte et disponible en VOD, l’épisode 25 de la saison 2 fait prendre réaliser au docteur Dayan que son père se souciait bien plus de lui qu’il ne l’imaginait, et ce n’est qu’à la faveur de sa mort que des langues vont se délier.

En somme, si je crois que tout finit par se savoir un jour ou l’autre, il est à craindre que cela puisse intervenir trop tard pour le parent concerné.

Enfin, si vous avez le moindre doute sur la nécessité qu’il y a à prendre soin de vous regardez et regardez encore cet extrait formidable de “La crise” où Maria Pacôme explique le plus calmement du monde à ses enfants et à son mari qu’elle va désormais penser à elle. Vous avez le droit de penser à vous, c’est aussi une très bonne façon de montrer l’exemple à vos enfants.

Aide, soutien et ressources

Film à voir :

“Parce que tu m’appartiens”, de De Alexander Dierbach, diffusé le 12 mai 2023 sur Arte / 1h 28min / Drame. Bande annonce.

Pour en savoir plus

On trouve le terme en droit en 1265, comme emprunt au latin alienare “rendre autre”((source : Dictionnaire historique de la langue française, édition 2012, sous la direction du regretté Alain Rey.)) L’aliénation d’un parent est un acte grave, l’enfant se construit en étant coupé d’un de ses parents. Sa parole, son expérience, ses apports sont fragilisés, voire niés. Pour un enfant, c’est une situation qui peut générer de graves troubles. Sentiment de toute puissance, culpabilité, troubles de l’identité, troubles alimentaires, fragilités cognitives, parfois même tendances suicidaires. Insuffisamment documenté, et pourtant très connu, les effets du Syndrome d’Aliénation Parental mériteraient qu’on s’y attarde.

La mort du couple, ça n’est pas la mort de la responsabilité parentale :

Pourquoi cet article ?

Témoin depuis quelques années de situations entrant dans le champ des conflits de loyauté, de phénomènes d’emprise ou de syndromes l’aliénation parentale, avec pour plusieurs d’entre elles des conséquences lourdes dans la vie des enfants, très attaché aux faits, et quelque peu agacé par des mouvements militants et activistes qui sur ce sujet comme sur tant d’autres, forts de leur méconnaissance et de leur ignorance, avancent avec beaucoup de certitudes, j’ai tenu à partager mon regard et mon expertise sur ce sujet important.

Les divorces et les séparations sont courants, la coparentalité ne s’arrête pour autant pas, les décisions continuent à se prendre à deux. Aucun parent n’a le droit de s’approprier les enfants après une séparation, c’est une maltraitance passible des sanctions rattachées à ce délit.


À Jean, mon défunt ami. Tu me manques.

Aux enfants écartés d’un de leurs parents, aux pères et aux mères qui souffrent, à mes enfants, que j’aime.

Aux parents divorcés, séparés, qui continuent l’un et l’autre à respecter ce qui a présidé à la naissance de leurs enfants. La famille continue à exister sous une autre forme qui n’a rien à envier à l’autre.

 

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