De quoi le refus de l’aliénation parentale est-il le nom ?
Deux parents qui se disputent devant une enfant qui est triste

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De quoi le refus de l’aliénation parentale est-il le nom ?

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Temps de lecture : 19 minutes

Dans 9 cas sur 10 les enfants grandissent seulement auprès de leur mère

Fin 2014, 1,4 million d’adultes de 18 à 24 ans avaient leurs parents séparés, et dans près de neuf cas sur dix les enfants ont essentiellement grandit auprès de leur mère1. Plusieurs raisons expliquent cette situation, notre culture, bien évidemment, mais aussi l’éloignement géographique, les revenus, la typologie de l’emploi, la façon dont les pères se sentent investis dans le lien avec leurs enfants2. En 15 ans, le nombre de ruptures a bondi de 63%. Après le divorce 1 enfant sur 4 ne voit plus jamais son père. 3 De plus en plus de couples se séparent4.

Parce que le rapport des pères à la paternité a considérablement évolué, la loi n° 2002-305 du 4 mars 2002 relative à l’autorité parentale est venue redéfinir l’autorité parentale et affirmer une égalité des droits des enfants, quel que soit le statut des parents, en officialisant notamment la garde alternée, facteur déterminant dans le maintien d’un lien de qualité des enfants avec leurs deux parents. Ce lien, lorsqu’il n’est pas suffisamment alimenté, conduit à des éloignements et à des ruptures dont certaines peuvent être définitives. De nombreux pères ne voient ainsi plus leurs enfants

Virginie Salmen, journaliste à Europe 1 en 2019, s’était intéressée à la situation des pères qui ne voyaient plus leurs enfants dans l’enquête “ENQUÊTE – Comment la séparation isole les pères de leurs enfants“, publiée sur le site de la radio. C’était le cas de Philippe, 55 ans, qui disait n’avoir pas vu ses enfants depuis douze ans. Les différentes situations rencontrées avaient conduit la journaliste à parler de bombe à retardement pour notre société. Des études mettent en effet déjà en évidence le lien étroit qui existe entre l’absence de lien avec le père et le décrochage scolaire, les conduites délinquantes ou addictives.

Le livre “Le combat des pères“, de Raphaël Delpart, cinéaste et romancier, aux éditions Du Rocher, relate l’enquête menée par l’auteur sur “la détresse de ces pères, leur combat quotidien, et met au grand jour les dysfonctionnements et les discriminations de notre système judiciaire : le père est confronté aux convocations arbitraires au poste de police, aux demandes exorbitantes de pensions alimentaires, aux mensonges et aux coups bas, à l’arrogance des experts, à l’indiscrétion des enquêteurs sociaux… Au terme du calvaire, épuisés, cabossés par le dur combat qu’ils mènent pour exister auprès de leurs enfants, nombreux sont les pères qui abandonnent, allant jusqu’à commettre l’irréparable pour certains.”

En France, en 2020, seuls 12 % des enfants dont les parents sont séparés vivent en résidence alternée5). Il reste donc du travail.

Il serait toutefois fautif de ne s’attarder qu’aux pères. Bien qu’en proportion plus faible, des mères sont aussi en rupture de lien avec leurs enfants, depuis plus ou moins longtemps, de façon plus ou moins durable.

Des ruptures de lien pas toujours faciles à comprendre

Dans Julieta, sorti en 2016, Pedro Almodovar dresse le portrait touchant d’une mère qui n’a pas revu sa fille depuis douze ans. On y voit le processus par lequel on peut abandonner les êtres que nous aimons, jusqu’à les oublier, ainsi que l’impact sur la vie de l’absence de l’être cher. Les ruptures filiales, plus nombreuses qu’on ne l’imagine, sont difficiles à analyser, toujours douloureuses. Certains parents parlent même de deuil d’un enfant vivant.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, dans les cas d’enfance en danger, il faut expliquer aux enfants les raisons pour lesquelles ils devront, pendant quelque temps, être protégés du parent maltraitant. Les enfants victimes de maltraitance y sont en quelque sorte habitués, ils vivent avec depuis leur enfance, c’est constitutif de leur normalité. Il leur est contrintuitif d’imaginer que leurs parents aient pu mal agir. Ainsi en est-il de l’éducation, période de construction de nombreuses introjections.6

Il est exceptionnel que des enfants s’estimant en danger se signalent d’eux-même aux services de protection de l’enfance. Il existe par contre de nombreux cas où une mère (le plus souvent), ou un père (c’est exceptionnel) décide de quitter un conjoint dangereux pour ses enfants. Dans l’immense majorité des cas il sollicitera les services ad hoc, la police, un avocat, la famille. Le départ ou la protection ne se fait pas sans qu’au moins une personne ne soit informée.

Mais il existe aussi des cas où, après une séparation, des enfants décident de ne plus voir l’un de leurs parents. Dans bon nombre de ces situations le parent rejeté entend dans la bouche de ses enfants des reproches que son ex-conjoint a déjà formulés. Les enfants semblent décider seuls, mais un examen attentif avec l’aide d’un tiers permet d’identifier l’origine de ces pensées. Pris à temps, il est possible de rectifier le tir.

D’autres enfants invoquent, le plus souvent quelques mois après la séparation, des motifs variés où l’on trouve des accusations de maltraitance psychologique, physique, l’absence de soin, voire des comportement incestueux qui seraient du fait du parent rejeté. Ni l’entourage, les voisins, les enseignants, le médecin de famille, n’ont été informés d’une quelconque situation de maltraitance avant la séparation, les services de protection de l’enfance ou l’institution judiciaire n’ont jamais été saisis. Il s’agit de premier indicateur qui alerte les professionnels sur l’existence d’une potentielle d’une situation familiale complexe.

Frictions dans l’exercice de la co-parentalité

Nous avons mené l’enquête et publié en février 2023 l’article “Conflits de loyauté, phénomènes d’emprise ou syndrome d’aliénation parentale après une séparation“, en l’étayant de nombreux éléments factuels ainsi que de témoignages de psychologues et de parents confrontés à une situation de rupture de lien. On y trouve par exemple le témoignage d’Emy, 20 ans, qui a vécu l’aliénation parentale.

L’enquête, menée sur le dernier trimestre 2022, est née de constats opérés dès 2016. Elle a mit en évidence la puissance du tabou qui entourait ces phénomènes. Un tabou qui empêche la prévention, selon Joanna Murphy, responsable des communications et de l’accompagnement des familles au sein du CAP7. Car il ne fait aucun doute qu’après une séparation des parents cherchent à écarter l’autre de la vie de leurs enfants.

De quoi le déni de l’existence de l’aliénation parentale est-il le nom ?

Après la publication de l’article deux axes de recherche ont émergés. Le premier consiste à conduire une enquête plus approfondie sur le sujet afin de commencer à élaborer des outils et méthode de prévention, la seconde vise à identifier les points bloquant la reconnaissance de l’existence de ce phénomène. Le travail, sur ce second axe, a été facile à mener. Il débouche naturellement sur le titre de cet article “De quoi le refus de l’aliénation parentale est-il le nom ?“. Nous allons tâcher d’y répondre.

Déjà il est important de rappeler que le vocabulaire employé pour désigner ces situations de mise à l’écart d’un parent par l’autre, après une séparation, se résume à trois principaux groupes de mots.

  • Conflits de loyauté, employé dans le sens où les enfants, après une séparation, se trouvent contraints à faire un choix entre leurs parents
  • Phénomènes d’emprise, employé dans le sens où un parent exercerait une emprise sur un ou plusieurs de ses enfants
  • Aliénation parentale, employé dans l’assertion selon laquelle un parent agirait dans le but de détruire la relation que l’autre parent entretien avec ses enfants

Si les deux premiers groupes conceptuels ne font pas l’objet de critiques qui gêneraient ou empêcheraient qu’on en parle, le troisième groupe fait l’objet d’une très vive remise en question qui interroge.

L’aliénation parentale, pour ses principaux opposants, serait systématiquement associée à l’inceste et à la maltraitance dont seraient victimes les enfants de la part de leur père, et que leur mère devrait donc protéger et éloigner. Il est avancé que les pères brandiraient cet argument pour démonter les accusations dont ils font l’objet.

Ce qui surprend, c’est qu’alors que d’innombrables témoignages de pères et de mères font état d’une rupture de lien avec un ou plusieurs de leurs enfants, intervenue après la séparation, sans aucun signe avant-coureur, les opposants à l’existence de l’aliénation parentale réduisent systématiquement son usage aux cas d’inceste et de maltraitance, les mères étant considérées comme protectrices de leurs enfants, des sauveuses dont la parole ne saurait être remise en question

Disons le tout net, c’est irréaliste. Ni la maltraitance ni l’inceste ne sont le fait des seuls hommes. Bien qu’insuffisamment documenté, l’accent étant mis sur l’inceste commis par le père, l’inceste maternel8 est un tabou majeur qui n’échappe pourtant pas aux chroniques judiciaires et aux études psychologiques9

Il existe, il est avéré, il n’est ni impossible ni rare, mais il est nié. Curieux n’est-ce pas ?

Une des sources du déni

Gwénola Sueur et Pierre-Guillaume Prigent

Gwénola Sueur et Pierre-Guillaume Prigent

Une rapide recherche sur ce qui concourt au déni de l’existence de l’aliénation parentale fait remonter l’existence d’un duo d’universitaires très actifs sur les réseaux sociaux et auprès des organisations féministes.

Il est composé de Pierre-Guillaume Prigent, docteur en sociologie et enseignant au Laboratoire d’Études et de Recherche en Sociologie (LABERS) à l’Université de Bretagne Occidentale, à Brest, en France, et de Gwénola Sueur, historienne, doctorante en sociologie et co-fondatrice du Réseau International des Mères en Lutte.

Ce qui d’emblée frappe, c’est que tous les deux se sont donné comme spécialité, et unique sujet d’étude, de travailler sur l’origine du mal, qui pour eux serait le mâle. Toutes les références trouvées sont systématiquement construites à l’appui des assertions suivantes :

Dans une situation de rupture de lien entre un ou des enfants et leur père, la mère a forcément protégé ses enfants des agissements de son ancien compagnon et le père utiliserait le Syndrome d’Aliénation Parentale pour se défendre. Corollaire, dans les cas où la justice aurait confié la garde exclusive d’un ou des enfants au père, c’est que le père aurait réussi à manipuler le juge, seul, ou avec son avocat, ainsi que les travailleurs sociaux et la police. Pour ces deux universitaires rien d’autre n’existe.

Dans une conférence Conférence présentée dans le cadre du forum intitulé « L’aliénation parentale : une menace pour les femmes et les féministes », donnée le 26 avril 2018 à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), les deux universitaires adoptent d’ailleurs une posture pour le moins cavalière. Ils commencent par discréditer les travaux de ceux qui parlent de l’existence de l’aliénation parentale, ils ironisent sur leurs compétences et la pauvreté de leurs analyses, citant des extraits de textes ou de discours sortis de leur contexte. Puis ils s’appuient sur les entretiens conduits auprès de sept femmes victimes de violence et dont leur ancien conjoint aurait tenté d’accuser d’aliénation parentale.

Des méthodes douteuses déjà révélées dans Marianne

Les méthodes de ces deux impétrants ont déjà attiré l’attention. Dans un article publié le 22 janvier 2023 dans Marianne, Thomas Rabino, journaliste, met en évidence les méthodes en toc du duo d’experts médiatiques  Pierre-Guillaume Prigent et Gwénola Sueur. L’article est éloquent, factuel, persillé de faits précis. “De l’avis de Nathalie Heinich10, qui a travaillé sur la «contamination de la recherche par le militantisme », «ceux qui ont les positions les plus radicales et les plus démagogiques attirent l’attention. Il s’agit d’être dans l’air du temps, du wokisme partagé par certains journalistes. » Un exemple ? Laury-Anne Cholez, journaliste à Reporterre, qui leur a donné la parole dans son enquête bancale consacrée à Julien Bayou, a elle-même manifesté sur Twitter sa proximité idéologique avec Sandrine Rousseau… qui avait révélé « l’affaire » Bayou. Un vrai petit milieu.”

Le duo “se fonde sur des entretiens réalisés auprès de vingt mères accusées d’aliénation parentale. «C’est un échantillon ridiculement bas. Il y a là un manque de sérieux qui devrait interdire toute publication scientifique»,  juge Nathalie Heinich, sociologue au CNRS. Un biais méthodologique ? «Ils ont sélectionné leurs sujets, sans recourir à un groupe témoin», s’insurge Olga Odinetz, présidente de l’Association contre l’aliénation parentale, née en 2004 et parrainée par Simone Veil. «Notre approche n’est pas quantitative, mais qualitative », se défend Prigent.

C’est en effet ce que m’a rétorqué l’intéressé, lors de quelques échanges stériles sur Twitter. L’homme est obtus, sûr de lui, malgré l’absence d’expérience, et aucune critique ne va jusqu’à lui.

En termes de méthodologie, comme l’évoque Nathalie Heinich, la première vingtaine d’entretiens sert à déterminer les axes de recherche. On ne sait pas à ce stade ce qu’on va chercher. S’ensuivent la détermination de l’objet de recherche, la fixation de la taille de l’échantillon, l’énumération précise des matériaux de recherche à recueillir, l’élaboration d’un questionnaire qui sera passé en nombre, ainsi que la conduite d’entretiens à partir d’une taille d’échantillon permettant elle aussi de valider les résultats. G. Sueur et PG. Prigent font leur propre soupe des méthodes scientifiques, tout en étant prêts à argumenter tout et son contraire.

Thomas Rabino, décidément bien renseigné, enfonce le clou “Dans le même temps, il (PG Prigent) estime qu’une étude du camp adverse, en effet controversée car fondée sur 21 cas, n’est pas « méthodologiquement pertinente ».”

Tout cela ne serait pas si grave si les deux comparses n’avaient pas une si forte audience (les idées simplistes et victimaires ont le vent en poupe).

Une pratique habituée des médias et assumée de la censure

Récemment Lina Fourneau, de 20 Minutes, a repris sans la moindre contradiction les propos de Gwénola Sueur et de Pierre-Guillaume Prigent dans “Justice : Pourtant controversé, le « syndrome d’aliénation parental » continue d’être utilisé contre les mères”.

“À travers plusieurs entretiens auprès de mères accusées d’aliénation parentale, les chercheurs ont cherché à comprendre le contexte d’allégation. Première hypothèse : les femmes interrogées sont possiblement victimes de violences conjugales. Deuxième hypothèse : les accusations « d’aliénation parentale » ne sont pas forcément explicites, mais aussi implicites. Lors des vingt entretiens passés, les chercheurs observent également un contexte de violence sexuelle incestueuse. « Nous repérons dans le récit des femmes les tactiques de l’agresseur : isolement, contrôle, intimidation, violence », décrit Gwénola Sueur.”

“On est face à un mythe », regrette Gwénola Sueur qui voit une notion « par essence antiféministe, voire misogyne ».

Un seul point de vue est repris, aucune contradiction n’est apportée, le procédé est des plus malhonnêtes. L’échantillon est passé à vingt femmes interrogées, et on ne connait toujours rien de la méthode utilisée pour recueillir leur témoignage.

Pile je gagne, face tu perds.

Non content de seules approximations méthodologiques, PG Prigent n’hésite pas à faire des incursions dans le champ de la psychologie et à conclure sur ce que seraient les hommes :

L’aliénation parentale est utilisée comme une stratégie pour dissimuler la violence masculine, et comme une technologie disciplinaire. Elle réduit la violence domestique à un conflit parental, stigmatise et pathologise les femmes et les enfants.“‘

Ben voyons. Nous voici donc aux poncifs habituels des courants féministes extrémistes.

Des parents concernés par ces situations ne s’y sont pas laissés tromper. Près d’une centaine de commentaires ont été postés sur le site du journal, puis censurés le lendemain. Fort heureusement nous avions fait des copies en vue de la rédaction de cet article. 230323_Commentaires article 20 minutes Aliénation Parentale Lina FOURNEAUX

Plus tôt déjà, après la parution de l’article de Marianne, interpellé par un abonné à Twitter, visiblement excédé des raccourcis utilisés par le sociologue, ce dernier n’a pas hésité pas à l’intimider en lui indiquant transmettre leurs échanges, pourtant courtois, à son avocat11. De quoi PG Prigent peut-il avoir peur pour déclencher si vite la carte “police de la pensée” ?

PG Prigent ne fait d’ailleurs aucun mystère de la force de son engagement. Le texte affiché sur ses profils sur les réseaux sociaux ne laisse aucune place au doute. Le sociologue est le héro de ces dames. De là à penser que son titre serait utilisé à des fins militantes et idéologiques. “Ceux qui se tiennent aux côtés de la victime devront inévitablement faire face à la fureur non masquée de l’auteur de l’infraction. Pour beaucoup d’entre nous, il ne peut y avoir de plus grand honneur.”Judith Lewis Herman (Judith Lewis Herman est une psychiatre, chercheuse, enseignante et auteure américaine qui s’est concentrée sur la compréhension et le traitement de l’inceste et du stress traumatique.)

Le triangle dramatique de Karpman

Il ne fait aucun doute que nous avons encore une fois affaire au triangle dramatique de Karpman, approche courante de tous les militants, peu habitués à l’ouverture d’esprit. Tout est réduit au triptyque bourreau/victime/sauveur, sans nuance, ce qui autorise à se placer comme sauveur, tout en figeant les autres protagonistes dans les rôles de victime ou de bourreau.

On ne peut que féliciter celles et ceux qui s’engagent pour des combats d’intérêt commun et de grandes causes, comme l’est celle de la lutte contre l’inceste. Il ne nous appartient pas de rechercher les raisons qui mènent chacun dans ces voies. Mais il est capital que chacun, surtout s’il entend apporter une caution scientifique au sujet qu’il traite, sache faire la part des choses.

Les études à portée nationale ou plus sur des sujets sensibles ne sauraient être entachées d’amateurisme et d’approximations, ou de combats personnels. L’être humain est très projectif, c’est à dire qu’il transporte facilement un élément de son espace psychique interne dans un espace qui lui est extérieur : un objet ou une personne. Il s’agit d’une notion que certains enseignants abordent auprès de leurs  étudiants en sociologie afin de les alerter sur les inévitables influences de ce que chacun est, de son parcours, dans nos interactions. L’objectif est de préparer les futurs sociologues à la prudence, à l’humilité et à la mesure. Tant de choses peuvent être influencées par qui nous sommes et ce dont nous n’avons pas toujours conscience.

Et quand on sait que bien se connaitre est le résultat du travail de toute une vie, on ne pourra que comprendre les appels au discernement qui sont formulés par les pairs ou les superviseurs. Travailler en vase clos, dans l’entre-soi militant, n’apporte jamais rien de bon.

La place des enfants ne saurait souffrir d’approximations ni de combats idéologiques

Le propos n’est pas de remettre en question le fait que des pères chercheraient à se défendre d’une accusation d’inceste en accusant la mère d’avoir manipulé ses enfants, ni de nier l’importance du courage des femmes qui luttent pour protéger leurs enfants d’un père violent ou incestueux, mais d’appeler à plus de sérieux. L’enjeu concerne bien les enfants, leur vie, leur intérêt.

Les méthodes de Sueur et Prigent concentrent l’attention sur les mères, comme si ces dernières détenaient seules la vérité et étaient incapables de mauvaises actions. À les écouter, seules les mères seraient à même de savoir ce qui est bien pour leurs enfants, seules elles pourraient juger de qui pourrait ou non prendre soin d’eux, tout en laissant penser qu’elles ne pourraient pas être dangereuses pour leurs enfants, contrairement aux pères. Cette approche simpliste est inacceptable de la part de sociologues, fussent-ils doctorants en devenir. On ne tord pas la réalité pour la faire correspondre à ses hypothèses.

La réduction de l’étude à 20 femmes qui avaient été accusées d’aliénation parentale par des pères, des proches, des avocats, des travailleurs sociaux ou des juges, ne peut constituer une base assez solide pour tirer des conclusions.

Et quand bien même tous ces entretiens mettraient en évidence les tentatives de diversion du père, ils ne sauraient conclure sur l’existence ou non de l’aliénation parentale. Le prétendre est une tentative d’escroquerie intellectuelle et morale.

Une étude internationale sur l’aliénation parentale et la violence conjugale

Le très faible échantillon qui avait jusqu’ici servi d’appui à l’analyse ne permettant de tirer aucune conclusion, bien que quelques-uns aient prétendu pouvoir le faire, les critiques ont été fortes. C’est certainement la raison pour laquelle une étude internationale sur l’aliénation parentale et la violence conjugale a été lancée par PG Prigent, G. Sueur et Simon Lapierre, Professeur titulaire à l’école de travail social et membre fondateur du collectif de recherche Feminist Anti-Violence (FemAnVi) à l’université d’Ottawa (Canada).

Par acquis de conscience nous sommes allés voir l’enquête annoncée par G. Sueur et PG Prigent, sous le compte Parental Alienation & Domestic Violence. Le 6 mars 2023 il était annoncé “Nous sommes toujours à la recherche de femmes qui ont été victimes de violence conjugale et qui ont été perçues comme des mères « aliénantes », pour répondre à un sondage en ligne anonyme de 15 minutes. Envoyez-nous un courriel à padv@uottawa.ca pour accéder au sondage.”

Nous avons donc envoyé un mail :

– Bonjour, J’ai été informée de l’existence d’une enquête en ligne portant sur les violences conjugales et les accusations d’aliénation parentale. Garantissez-vous la confidentialité ? Mon ex-mari est procédurier, et j’aimerais faire avancer ce sujet. Bien à vous.

Simon Lapierre n’a pas tardé à nous répondre : “Bonjour, Merci pour votre message et pour votre intérêt. Voici le lien pour avoir accès au sondage : https://ca.*e*ea*ch.n*t/r/W*3***C*a*g=*_*A Je vous laisse le soin de voir si vous répondez aux critères, qui sont présentés à la première page du sondage. Vous pouvez aussi changer la langue et le pays, au besoin. Il s’agit d’un sondage anonyme et confidentiel. Cordialement, Simon Simon Lapierre, Ph.D.

C’est donc à la répondante elle-même de déterminer si elle est ou non concernée par le questionnaire. On a déjà vu mieux en termes de méthode. Et aucune attention n’est portée sur le contradictoire. Autant dire que nous avons affaire à du grand n’importe quoi.

Passons, nous cliquons sur le lien et nous arrivons sur le questionnaire. Une première page nous précise que : “Dans un contexte de violence conjugale, les femmes ont de bonnes raisons de vouloir limiter ou s’opposer aux contacts père-enfant, en raison des comportements violents, abusifs et contrôlant des pères. Les enfants peuvent également refuser de voir leur père. Dans de telles circonstances, certaines femmes sont perçues comme « pratiquant l’aliénation parentale ». Cela peut se produire dans le cadre des procédures en protection de la jeunesse ou de procédures concernant la garde de l’enfant.”.

Là nous touchons à du mensonger, presque répréhensible. Rappelons que si une mère, ou un père, était contraint de devoir protéger ses enfants de l’autre parent, il ou elle aurait l’obligation d’informer sans délai les autorités ou les services sociaux. L’autorité parentale s’exerce à deux, agir en dehors de ce cadre pourrait s’apparenter à un enlèvement d’enfant. Poursuivons.

Premier constat, en effet, le questionnaire est tellement anonyme qu’aucun lien n’est fait entre l’adresse mail d’une répondante et ses réponses. Encore de l’amateurisme, de la confusion, de l’ignorance. Garantir l’anonymat des réponses ne signifie pas qu’on permet à n’importe qui de répondre. Or, dans le cas présent, n’importe qui peut répondre, on ne vérifie rien, et on met ce qu’on veut. Rien de tel pour gonfler les chiffres.

Mais ce n’est pas tout. Le lien n’est pas à usage unique. Il suffit de vider le cache de son navigateur, ou de changer de navigateur, ou d’appareil, pour remplir à nouveau le questionnaire. Dit autrement n’importe qui peut répondre autant de fois qu’il le souhaite. Décidément nous sommes loin, très loin des règles de l’art du métier.

Nous avons, malgré tout, consciencieusement rempli le questionnaire. Il est très orienté, il ne laisse aucune place à la nuance et vise à étayer par le nombre les pensées de ses inventeurs.

Aucune crédibilité ne saurait être accordée à cette enquête qui est à reprendre de fond en comble (Mais pas par ces gens.).

On s’inspirera néanmoins de quelques éléments clés intéressants pour qualifier les difficultés auxquelles peut être confronté un parent lorsqu’il doit intervenir pour protéger son ou ses enfants d’une situation de danger commis par l’autre parent. Sur ce point ces universitaires ont raison, les phénomènes d’emprise d’un homme sur une femme existe, comme ils existent aussi de la part d’une femme sur un homme.

On renverra ici aux travaux de Anne-Laure Buffet, thérapeute, conférencière et écrivaine, spécialisée en violences intra familiales et conjugales. Elle a donné le 25 novembre 2016 une conférence à l’occasion de la Journée Internationale contre les violences faites aux femmes, sur le thème de l’emprise. Anne-Laure Buffet explique avec une très grade clarté les mécanisme d’emprise, sans oublier que les hommes peuvent aussi en être victime. Un discernement largement permis par l’expérience.

Nous vous invitons aussi à découvrir cet article sur l’Inceste mère-fils : étude actualisée des aspects juridiques, criminologiques et psychopathologiques, de Jean-Luc Senninger, Francis Boquel, Adèle Senninger, dans “L’information psychiatrique 2013/9 (Volume 89), pages 723 à 732”.

Abusons encore un peu de votre patience avec ce témoignage publié sur Médiapart par une jeune femme victime d’inceste de la part de sa mère.

Il est temps de mettre un coup d’arrêt à l’approche simpliste et manipulatoire de G. Sueur et PG Prigent, dont les idées se propagent pourtant bien vite et ont des effets délétères sur la vie des enfants. Selon toute vraissemblance, le refus de l’aliénation parentale est bien le nom d’un activisme et d’un féminisme exacerbés qui font passer les intérêts de leurs promoteurs avant ceux des enfants.

L’importance de la méthode et du discernement en sociologie

C’est une évidence, les approches biaisées, les méthodes approximatives, les motivations guidées par des intérêts personnels sont autant d’éléments qui éloignent de l’objet recherché. On ne lance pas une étude sociologique pour confirmer une hypothèse, valider ou un point de vue, mais bien pour apporter un regard juste sur un sujet donné et contribuer ainsi à apporter des leviers d’une meilleure compréhension d’une problématique identifiée, voire pour tenter d’identifier les sources d’une problématique sociétale. Autrement dit, on sait ce qu’on cherche, mais on ne sait pas ce qu’on va trouver, on doit même tout au long du processus rester en capacité de se laisser surprendre.

Il faut garder l’esprit ouvert, être en capacité de réinterroger les hypothèses initiales, s’autoriser à élargir la recherche, la compléter de plusieurs matériaux. Le militantisme n’a pas sa place dans la recherche scientifique et la sociologie est trop souvent dévoyée à des fins militantes. Notre époque a cédé trop place au militantisme, cela doit cesser. Trop de professionnels détournent les outils acquis en formation ainsi que leur titre pour étayer leurs combats, apporter une caution à leur productions. Il s’agit d’un phénomène qu’on observe dans des champs aussi variés que le droit, la sociologie ou la psychologie, l’énergie, le nucléaire…

Les propos de Emmanuel Hénin, professeur de littérature française du XVIIe siècle à l’Université de Reims et responsable de l’axe « Modèles esthétiques et représentations » du CRIMEL, éclairent le phénomène inquiétant des impostures intellectuelles.

Sortir l’enfant de sa place d’objet de conflits pour le remettre en sujet de droits

Dans les séparations, une coparentalité en tension peut perturber la vie des enfants. Préserver l’enfant et lui éviter de garder à vie les stigmates d’une guerre qui le positionne souvent plus en objet de conflits qu’en sujet de droits, voici quelques méthodes qui constituent des pistes à ne pas négliger : Dans les séparations, une coparentalité en tension.

Prolongements

  1. Patrick DELAROCHE, psychanalyste et pédopsychiatre, est médecin-directeur de l’hôpital de jour pour adolescents de Ville-d’Avray depuis plus de trente ans ; il est l’auteur en matière d’adolescence d’une oeuvre abondante qui fait référence et a trouvé un écho considérable dans le grand public. Il établi un lien fort entre l’effondrement de la fonction paternelle et le décrochage scolaire.12
  2. La rupture de lien avec un enfant en raison de manipulations d’un des deux parents existe, qu’elle se nomme conflit de loyauté ou aliénation parentale. Elle est reconnue dans plusieurs pays, ce qui permet la conduite d’actions de prévention. Sa reconnaissance en France a avancé jusqu’à l’arrivée de François Hollande à la Présidence, mais ce dernier ayant été très perméable aux discours militants sur plusieurs sujets (écologie, nucléaire…) sa reconnaissance a ensuite été mise à mal par des militants féministes qui se trompent de combat.
  3. Le retrait de la question portée par le député Roger Vicot à l’Assemblée Nationale est la conséquences directe des pressions faites par des militants féministes et certains professionnels engagés sur la protection de l’enfance. Pourtant cette question était importante, car liée, selon nos sources, à une maman qui a été écartée de ses enfants par le père de ses enfants. Son cas a donc été sacrifié sur l’autel de l’idéologie d’activistes. “Question sur l’aliénation parentale à l’Assemblée : le député Roger Vicot plaide la bonne foi.”
  4. Le déni dont font preuve les militants sur l’existence de l’aliénation parentale fragilise la prise en compte de son existence, et nombre d’enfants continuent à subir de lourdes conséquences sur leur vie. Il est est de même pour des pères et des mères, dont la vie est lourdement impactée par ce rejet. La lutte contre les violences intra-familiales ainsi que l’inceste mérite mieux que son accaparement par quelques mouvements idéologiques qui méprisent les souffrances de ces parents qui luttent rester ne serait-ce que maintenir un petit lien avec leurs enfants, ces derniers étant souvent en difficulté.
  5. Pour en savoir plus, nous vous invitons à découvrir, si ce n’est pas déjà fait, notre article de fond sur le sujet. Il contient de nombreuses références ainsi que des contacts pour des soutiens.

Vous qui venez de me lire

Vous venez de lire cet article de fond, je vous en remercie. Une précision s’impose. Au moment de l’écriture de cet article j’ai 48 ans, j’ai un parcours de vie singulier, une forte expérience dans le champ des études et de la recherche. J’ai conduit de nombreuses études en France pour le compte de donneurs d’ordre public, de fédérations, de syndicats qui ont besoin d’analyses fines afin de faire le point sur des dossiers sensibles, dans l’objectif de prendre des décisions structurantes. Je suis très attaché aux faits, je lutte aussi contre les idéologies militantes qui, remplies de biais nombreux, posent de nombreuses difficultés dans notre société. Les certitudes sont souvent basées sur l’ignorance, d’où mon attachement, depuis mon plus jeune âge, à l’expérience, aux faits, aux chiffres, à l’analyse de fond. Les articles que vous trouvez ici sont écrits sur des sujets qui me tiennent à coeur afin d’apporter plus d’objectivité. Le militantisme gangrène de nombreux sujets, le moment est venu pour les experts de prendre la parole. L’aliénation parentale est un phénomène largement documenté, de nombreux enfants sont en souffrance, ainsi que des parents (mères et pères). Sa non reconnaissance en France est la conséquence de l’activisme et des manipulations de quelques militants qui agissent dans leur intérêt. Il est temps de mettre un terme à leurs agissements, c’est la raison d’être de cet article. Vous y avez accès gracieusement, vos partages aident à mieux faire connaitre les sujetss traités.

Références
  1. Drees, 29 juin 2018, Études, travail, logement : comment les enfants de parents séparés entrent dans l’âge adulte ?[]
  2. Quand la séparation des parents s’accompagne d’une rupture du lien entre le père et l’enfant, Arnaud Régnier-Loilier, Dans Population & Sociétés 2013/5 (N° 500), pages 1 à 4. Cairn Info.[]
  3. https://www.huffingtonpost.fr/life/article/apres-le-divorce-des-parents-un-quart-des-jeunes-ne-voient-plus-leur-pere_126412.html[]
  4. Divorce et rupture: portrait-robot de la France qui se sépare[]
  5. Kilian Bloch (Insee[]
  6. Psychologie. Processus inconscient par lequel l’image d’une personne est incorporée au moi et au surmoi.[]
  7. Carrefour de l’Aliénation Parentale, association Québécoise[]
  8. « On est sidéré » : Emmanuel, 54 ans, raconte comment sa mère incestueuse a bouleversé sa vie.[]
  9. Inceste mère-fils : étude actualisée des aspects juridiques, criminologiques et psychopathologiques, Jean-Luc Senninger, Francis Boquel, Adèle Senninger, https://www.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2013-9-page-723.htm[]
  10. Nathalie Heinich est une sociologue française très réputée pour la qualité de ses études. https://fr.wikipedia.org/wiki/Nathalie_Heinich[]
  11. Tweet d’origine à retrouver ici, la copie d’écran est mise dans l’éventualité où l’original serait supprimé.[]
  12. Les « décrocheurs » scolaires : une manifestation de l’effondrement de la fonction paternelle ?, Dans Enfances & Psy 2012/1 (n° 54), pages 65 à 73 []

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